Vous avez 24, 27 ou 29 ans. Vous occupez votre premier ou deuxième emploi sérieux. Et pourtant, vous êtes déjà épuisé(e), anxieux(se), ou habité(e) par une question lancinante : « Est-ce que ça a vraiment du sens, ce que je fais ? »
Vous vous demandez si vous êtes seul(e) à ressentir cela, ou si toute votre génération traverse la même chose.
Elle la traverse.
Les jeunes actifs d'aujourd'hui entrent sur le marché du travail dans un contexte radicalement différent de celui de leurs ainés : crises économiques successives, urgence climatique, instabilité des modèles de carrière traditionnels, et une exposition permanente, via les réseaux sociaux, à des injonctions contradictoires de réussite et d'épanouissement.
Ce premier article d'une série consacrée aux générations au travail explore ce que vivent spécifiquement les jeunes actifs, et pourquoi leur rapport au travail mérite une lecture psychologique à part.
Un contexte d'entrée dans la vie active inédit
Les jeunes générations actuelles (Génération Z, nées à partir du milieu des années 1990) entrent dans la vie professionnelle dans un contexte très différent de celui qu'ont connu les générations précédentes :
- Une instabilité économique chronique : crise de 2008, pandémie de Covid-19, inflation, ces évènements ont structuré leur expérience de l'entrée dans l’âge adulte et ont profondément affecté leur sentiment de sécurité face à l'avenir.
- La disparition du modèle de carrière linéaire : contrairement aux générations précédentes, peu de jeunes actifs envisagent de rester toute leur carrière dans la même entreprise, voire le même secteur. Cette flexibilité est à la fois une liberté et une source d'incertitude permanente.
- Une conscience aigüe des enjeux climatiques et sociaux : de nombreux jeunes actifs interrogent le sens de leur travail à l'aune de ces enjeux, ce qui peut générer une dissonance importante lorsque leur emploi semble contredire leurs valeurs.
- Une exposition permanente aux réseaux sociaux : la comparaison sociale constante avec des parcours professionnels idéalisés ou mis en scène alimente un sentiment d'inadéquation et de retard chronique.
L'anxiété spécifique des jeunes actifs
En consultation, plusieurs formes d'anxiété reviennent fréquemment chez les jeunes actifs :
L'anxiété de la première expérience
Le premier emploi sérieux est souvent vécu comme un test de validation identitaire majeur. La pression de « réussir » cette première étape, alors même que les repères manquent encore, génère une anxiété de performance particulièrement intense, qui touche à la légitimité même d'occuper le poste.
Le syndrome de l'imposteur précoce
De nombreux jeunes actifs développent un syndrome de l'imposteur dès les premières semaines de leur carrière, avant même d'avoir eu le temps d'accumuler une expérience qui pourrait nuancer ce sentiment. Ce phénomène est amplifié par la comparaison avec des pairs dont on ne voit que les réussites affichées publiquement.
L'anxiété existentielle liée au sens
Contrairement à une caricature fréquente qui présente les jeunes générations comme « exigeantes » ou « difficiles à satisfaire », la quête de sens des jeunes actifs relève souvent d'une anxiété existentielle réelle : la peur de consacrer son temps et son énergie à quelque chose qui ne correspond pas à ses valeurs, dans un contexte ou le temps disponible parait lui-même menacé par les crises à venir.
La précarité psychique liée à l'instabilité contractuelle
CDD à répétition, freelancing impose plutôt que choisi, stages à rallonge : ces formes d'emploi précaire, fréquentes en début de carrière, génèrent une insécurité psychologique chronique qui empêche la projection dans l'avenir et favorise l'anxiété généralisée.
Le piège de la comparaison générationnelle
Un phénomène aggrave souvent la souffrance des jeunes actifs : la comparaison, explicite ou implicite, avec les générations précédentes. « A votre âge, on ne se posait pas toutes ces questions. » « Vous avez de la chance d'avoir autant d'opportunités. » Ces discours, même bien intentionnés, invalident une expérience réelle et spécifique.
Cette invalidation a un cout psychologique : elle empêche les jeunes actifs de nommer leurs difficultés sans craindre d'être perçus comme fragiles ou ingrats, ce qui retarde souvent la demande d'aide.
Ce qui protège psychologiquement les jeunes actifs
Plusieurs ressources sont particulièrement protectrices pour cette population :
- Un cadre de travail qui explicite le sens de la mission et la contribution individuelle, plutôt que de le laisser implicite.
- Un management qui accepte le questionnement plutôt que de le percevoir comme un manque d'engagement.
- Des espaces de mentorat intergénérationnel non hiérarchiques, ou l'expérience peut être transmise sans imposer un seul modèle de réussite.
- Une limitation consciente de l'exposition aux réseaux sociaux professionnels anxiogènes (LinkedIn notamment, dont les biais de représentation positive sont particulièrement marqués).
- Un accompagnement psychologique permettant de distinguer l'anxiété existentielle légitime de l'anxiété de performance excessive, qui nécessitent des approches différentes.
FAQ — Jeunes actifs et santé mentale au travail
Est-ce normal de remettre en question son orientation professionnelle si tôt dans sa carrière ?
Oui, et c'est même de plus en plus fréquent. Le contexte économique et social actuel encourage une réflexion plus précoce sur l'adéquation entre son travail et ses valeurs, qui intervenait auparavant plus tard dans les parcours. Cette remise en question n'est pas un signe d'instabilité mais une réponse adaptée à un environnement professionnel différent de celui des générations précédentes.
Comment distinguer une anxiété de performance normale d'un trouble anxieux qui nécessite un accompagnement ?
Si l'anxiété liée au travail interfère significativement avec votre sommeil, votre vie sociale ou votre capacité à fonctionner au quotidien, et qu'elle persiste depuis plusieurs semaines, un accompagnement psychologique est recommandé. La frontière entre une anxiété adaptative et un trouble anxieux installé se mesure surtout à son impact fonctionnel.
Le syndrome de l'imposteur en début de carrière disparait-il avec l'expérience ?
Pas automatiquement. Sans travail spécifique, le syndrome de l'imposteur peut perdurer bien au-delà des premières années de carrière, voire s'aggraver à mesure que les responsabilités augmentent. Un accompagnement psychologique précoce permet souvent d'éviter son installation durable.
Envie d'aller plus loin ?
Si vous vous reconnaissez dans cet article, une consultation avec un psychologue du travail peut vous aider à mettre des mots sur ce que vous traversez et à retrouver un équilibre durable.
Consultations en ligne disponibles via Doctolib : https://www.doctolib.fr/psychologue/aubervilliers/farida-boughaleb
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